Au nom de la terre ? Vraiment ?

C’est sous ce titre aux bons relents de France éternelle que pourrait survenir le blockbuster 2019 du cinéma français, en tête cette semaine déjà. Pensez-donc, l’histoire d’un paysan étranglé par le système qui le conduit au suicide. Les familiers du monde rural savent que ce n’est pas une fable. Les chiffres scrutés depuis 2012 par le régime de protection sociale des agriculteurs et de leurs salariés sont cruels. En 2015, ce sont 605 suicides qui ont été recensés, 233 chez les salariés et 372 chez les non-salariés (chefs d’exploitations et aidants familiaux). Avec une très forte proportion enfin de carrière, 370 suicides chez les hommes de plus de 50 ans sur 796 et 96 sur 109 chez les femmes. Et alors me direz-vous ? 

Le film autobiographique d’Édouard Bergeon aura probablement un grand retentissement. Mais qu’en restera-t-il ? Que restera-t-il des propos de Guillaume Canet dans les médias qui alerte sur la responsabilité que les consommateurs ont ? Non pas que nous soyons directement responsable de ces disparitions mais bien parce que nos choix de consommations façonnent le système de production. Vous pigez ? À toujours vouloir acheter au meilleur prix, on encourage le développement des systèmes ultra-productivistes, gourmands en capitaux, très mécanisés…

Que restera-t-il de l’émotion dans six mois ?

Que restera-t-il alors dans les esprits une fois que l’écume médiatique du film sera retombée ? L’image des agriculteurs empoisonneurs largement colportée aujourd’hui aura-t-elle changé ? On peut sincèrement en douter. Aurez-vous changé vos habitudes de consommation ? Délaissé le supermarché pour venir vous approvisionner sur des circuits courts et de proximité ?

Ou, peut-être le plus probable, après un moment d’émotion et d’empathie, vous intéresserez-vous de nouveau au sort des tortues et de baleines en oubliant que votre porte-monnaie est l’outil le plus puissant pour aménager le territoire autour de vous ? Alors ? On commence quand ? 

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